People/Cinema - Par Mathieu Perrichet - posté le 04/06/2018

Rencontre avec Bruno Podalydès

C’est à une institution française que s’est attaqué Bruno Podalydès en adaptant sur grand écran Bécassine. A l’heure où le thé et l’apéro se disputent la vedette, le cinéaste est venu nous parler de ce nouveau film. Un échange aussi sympathique que laconique.

Pourquoi avoir eu envie de transposer Bécassine au cinéma ? 
A la base, j’avais un autre projet sur le feu. Mais Clémentine Dabadie, la coproductrice du film, m’a soufflé cette idée. Je connaissais peu ce personnage et je suis retombé sur le seul album que j’avais chez moi : Bécassine Nourrice. En revoyant cette grande couverture, j’ai eu un coup de foudre. J’ai vraiment été séduit et ému par le dessin même de Bécassine, ses yeux ronds, la simplicité de son regard, malicieux, un peu perdu. La façon dont nait l’idée d’un film est souvent étonnante. Je crois que la volonté de retomber en enfance l’a emportée. C’est un vrai plaisir de cinéaste. Le fait de mettre en scène un personnage adulte avec une âme d’enfant a quelque chose de très cinématographique. Lorsque Bécassine est arrivée sur le plateau, ça nous a fait bizarre. Sans doute, comme lorsque Superman arrive pour tourner une scène. En outre, j’avais aussi très envie, depuis quelques temps, d’un premier rôle féminin. 

S’attaquer à une institution comme Bécassine fait-il peur ?
Dès que l’on a peur de quelque chose dans la vie, il faut le regarder en face et ne pas l’éviter. D’ailleurs dans ce film, j’ai même osé, par exemple, filmer l’amour. Ce qui n’est pas foncièrement dans mes habitudes.

Comment vivez-vous la polémique suscitée par la sortie de votre film auprès d’indépendantistes bretons ?
Je suis très à l’aise car je sais que mon film ne se moque pas de la Bretagne. C’est dommage que certaines personnes pensent le contraire et réagissent mal. La majorité des Bretons accueille très bien le film, mais à Brest ces indépendantistes ont notamment empêché 50 personnes d’accéder à la salle. Je trouve ça nul pour le coup. Surtout que beaucoup de journalistes ne me parlent plus que de cette polémique. Souvent on croit que l’on connaît Bécassine mais en fait ce n’est pas le cas. Ni les albums, ni le film n’insultent jamais la Bretagne. L’image que l’on a est souvent erronée. J’ai une bonne conscience car je sais que j’ai fait en sorte d’être le plus scrupuleux possible quand à la retranscription à l’écran de l’époque, sans aucun jugement.

En revanche, vous vous êtes permis quelques petits anachronismes…
Lorsque l’on fait un film d’époque, c’est amusant d’insérer des anachronismes par ci, par là. Comme les scènes du scratch ou de l’autostop dans Bécassine !. C’est comme si les personnages inventaient quelque chose qui n’existe pas encore, sans même s’en rendre compte. Ce décalage est amusant. D’autant qu’il est intéressant de mettre plusieurs niveaux de lecture dans de tels films, pour que les différents publics – enfants comme adultes - puissent s’y retrouver. 

Votre film est-il l’adaptation d’un album précis de Bécassine ?
Non, je ne suis pas parti d’un album particulier. J’en ai lu beaucoup et ai puisé un peu dans chacun d’eux, en conservant quelques épisodes, des noms de personnages. Les albums sont davantage composés de petites séquences indépendantes, de gags. Il est donc difficile de construire une véritable trame narrative, une histoire qui tient la route, à partir de cela. Ce film est donc un scénario original. De toute manière, selon moi, lorsqu’on retranscrit une bande dessinée il est important de se détacher au moins un peu du modèle. Si le but est juste de mettre en 3D un album, ce n’est pas intéressant. Il faut que l’adaptation ciné en soit un prolongement. Ce film est une vraie proposition de cinéma.

Est-ce particulier de se diriger soi-même ?
La question est surtout : est-ce que l’on se dirige soi même ? Je n’ai déjà pas le sentiment de diriger mes acteurs. Je fais des propositions. Je fais en sorte que les comédiens soient à l’aise, qu’il y ait une bonne ambiance, de la complicité. C’est ce qui m’importe. Pour autant, tout est très écrit. Je ne crois plus en l’improvisation au cinéma. Je ne pense pas que cela fonctionne en général.

Avez-vous présenté le film aux ayants-droits ?
Non. Je n’ai pas rencontré les ayant-droits. C’est Hachette qui a fait le relais.

Comment avez-vous constitué votre casting ?
Je me suis livré au jeu des chaises musicales. Dès lors que le scénario était écrit, je savais quels comédiens je voulais avec moi. Mais c’est vraiment à la toute fin que les différents rôles ont été distribués. Ainsi, mon frère qui joue Monsieur Proey-Minans aurait aussi très bien pu jouer Hilarion, l’ancien acteur devenu majordome. Les rôles sont interchangeables. Je n’aime pas écrire en ayant des noms de comédiens fixés sur des personnages car cela peut influer le processus de création et induire en erreur. En revanche, concernant le personnage de Bécassine, c’est une des premières fois que j’écrivais en ayant déjà en tête le nom de l’actrice que je souhaitais. A savoir Emeline Bayart que j’avais déjà dirigé dans Bancs publics etAdieu Berthe. C’est une actrice très expressive et généreuse. Dans l’ensemble, j’ai choisi mes comédiens en raison de leur simplicité, de leur clarté. Chacun n’a pas beaucoup de temps pour exister, donc il est important de tout de suite les choper. Leur capacité à exister, leur présence était essentielles. Le fait que la plupart d’entre eux fasse du théâtre a également joué. Ils incarnent des personnages bien dessinés donc cela facilitait aussi les choses. 

Avez-vous pensez à des références particulières en réalisant ce film ?
J’avais des références en tête mais dont je me suis vraiment rendu compte après coup. Etant enfant, j’étais émerveillé par Mary Poppins. Le parapluie de Bécassine en témoigne notamment. J’ai aussi beaucoup aimé le Pinocchiode Luigi Comencini. D’où la présence de musique italienne. L’arbre aux sabotsde Ermanno Olmi m’a aussi influencé. En fait, je me suis plutôt tourné vers le cinéma italien.

Planchez-vous déjà sur un nouveau projet ?
Le prochain projet est un scénario que j’écris avec mon frère. Une histoire contemporaine.

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

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Sortie : 20/06/2018

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