People/Cinema - Par Mathieu Perrichet - posté le 03/10/2018

Rencontre avec Gilles Lellouche, Philippe Katherine et Alban Ivanov

C’est au saut du lit, entre les effluves de croissants et de café, que nous avons pu interviewer Gilles Lellouche, coiffé de sa casquette de réalisateur, ainsi que deux de ses comédiens, Philippe Katherine, fidèle à lui-même, et Alban Ivanov, pas tout à fait réveillé… Un entretien express avant qu’ils ne resautent dans le train.

Quels sont les différents ingrédients qui vous ont décidé à réaliser Le Grand Bain ?
Gilles Lellouche : Initialement, j’avais envie de mettre en scène des anti-héros. Je commence à être un peu agacé par les héros. On en a vu beaucoup, partout. Maintenant, j’aimerais que le cinéma se recentre sur l’humain. Donc je voulais raconter l’histoire de personnages désillusionnés, un peu abimés. Par ailleurs, je voulais que cela tourne autour d’un sport amateur, d’une discipline un peu marginale, désuète, qui a quelque chose de poétique, proche de la comédie musicale, et pas forcément très virile. Ce qui est intéressant avec le sport amateur, c’est que c’est un des seuls bastions qui réuni tous les gens. Des gens de plein d’horizon qui partagent un but commun, et qui, une fois dans les vestiaires, se parlent, se confient, sans se juger. L’idée était d’avoir des hommes soudés autour d’un projet un peu atypique. En gros, je dirais que c’est l’histoire d’un sursaut du cœur sur un électroencéphalogramme plat.

Cela a t-il été facile de réunir autant de têtes d’affiche ?
Gilles Lellouche : J’ai eu tout le monde assez incroyablement facilement. Je pensais que ça serait plus complexe de parvenir à réunir tous ces comédiens en raison des agendas de chacun, des égos. Mais, finalement ça a pu se faire sans problème et ça a été un tournage très agréable, très humain.

Comment avez-vous pensé à Alban Ivanov et Philippe Katherine, pour ne citer que les présents ?
Gilles Lellouche : J’avais vu Alban dans le Jamel Comedy Club et j’aimais beaucoup son humour. Mais j’ai pensé à lui lors du tournage du film Le Sens de la fête de Eric Toledano et Olivier Nakache. Nous jouions tous les deux dedans, et quand je le voyais passer derrière la caméra avec son costume de serveur, son petit plateau et son air de ne pas y toucher, j’étais incapable de me concentrer. Je me marrais. Il a quelque chose d’extraordinaire. Ce sera certainement l’un des plus grands humoristes français dans les toutes prochaines années. Sinon, je suis très admiratif de Philippe Katherine musicalement depuis longtemps. J’adore particulièrement son album Magnum. Et c’est un super comédien.

Accepte t-on facilement de jouer dans un tel film ?
Alban Ivanov : Quand Gilles Lellouche m’a appelé pour me dire qu’il voulait faire un film dans l’univers de la natation synchronisée et qu’il avait pensé à moi, je vous cache pas que j’ai cru qu’il se foutait bien de ma gueule. Et en fait c’était vrai. Pour moi ça a été doublement le grand bain. Car je ne suis qu’au début de ma carrière d’acteur, et j’ai eu la chance de pouvoir être entouré de comédiens confirmés, que j’admire. Gilles m’a vraiment fait un beau cadeau.
Philippe Katherine : J’ai accepté le rôle avant même de lire le scénario. J’ai rencontré Gilles et je suis tombé en pamoison. Il a une aura, un charisme tel qui fait que l’on veut forcément le suivre. Donc j’y suis allé. Après, je ne suis pas un batracien à l’origine, donc ça n’a pas été facile. Mais on s’est entraîné pendant quatre mois, deux à trois fois par semaine. Puis ce film a été inspiré d’une vraie équipe masculine de danse synchronisée. Donc ils sont venus et on a pu les observer. Depuis le tournage, toutefois, j’ai arrêté. Je pense que j’ai montré tout ce que je pouvais.

On vous voit même vous battre de façon virulente dans ce film. Est-ce naturel pour vous ?
Philippe Katherine : Je ne me suis jamais battu dans la vie. Je le confesse. C’est dommage, mais je n’en ai pas honte non plus. Justement le cinéma permet des choses que l’on ne fait pas en vrai. C’était un vrai rôle de composition.

En parlant de vrai, avez-vous fait appel à des doublures pour les scènes chorégraphiées ?
Gilles Lellouche : Ça casse la magie du cinéma de raconter l’envers du décor. Je n’aime pas ça. Qu’est ce que ça change de savoir si ce sont les comédiens ou des doublures. Ce n’est pas important. J’en ai marre de devoir expliquer notre petite cuisine interne. Moi je ne demande pas aux journalistes comment ils recoupent leurs interviews. Si on veut en savoir plus, on regarde le making of après avoir vu le film.

Etait-ce évident de tourner en maillot de bain ?
Philippe Katherine : Ça n’a pas été un problème. Clairement, on ne s’est pas chambré sur nos physiques en maillot car c’était un peu hors sujet. On n’en parlait même pas. Mais avec cette promiscuité des corps, on aimait à se toucher, à se renifler même pour certains.
Alban Ivanov : En fait, on ne faisait pas attention aux maillots de bain. On était surtout concentré sur les chorégraphies. Il n’y avait pas de place à la discorde. La cohésion était importante. Moi qui n’ai pas passé mon bac, je pense que la pression doit ressembler à ce que j’ai ressenti lors des scènes chorégraphiées. J’étais vraiment stressé.

Du coup, vous vous lancez à 100% dans le cinéma désormais ?
Alban Ivanov : Non, le cinéma c’est une corde de plus à mon arc, mais je ne lâche pas les planches. Au cinéma c’est cool, on vit un truc d’équipe, et en one man c’est un kiff d’être sur scène en solo face au public. Les deux sont complémentaires. Je prépare d’ailleurs mon nouveau spectacle que je jouerai en 2019. Et je peux te dire que, bouge pas ça va chier !

Et vous Philippe Katherine ?
Philippe Katherine : Moi je ne suis pas humoriste. Mais je prépare un nouveau disque en ce moment. 

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

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