People/Cinema - Par Mathieu Perrichet - posté le 18/09/2018

Rencontre avec Lukas Dhont

Le tout jeune réalisateur belge Lukas Dhont, sorte de Xavier Dolan à la sauce belge, s’est confié sur le pourquoi du comment de Girl, son premier long métrage encensé à Cannes.

Comment Girl a vu le jour ?
En 2009, j’avais 18 ans, et j’ai lu un article dans un journal belge. Il parlait d’une ado de 15 ans qui voulait devenir danseuse étoile. Elle était persuadée d’être une fille mais était née dans un corps masculin. J’ai trouvé sa situation touchante et courageuse. A l’époque, je l’ai perçue comme un modèle, j’étais admiratif, car j’aurais été incapable de faire cela. Ainsi, ça m’enthousiasmait de parler de ce sujet. Dès 2009, je l’ai donc contactée. Je commençais alors mes études de cinéma et j’avais dans l’idée de faire un documentaire sur elle. Mais elle n’a pas voulu car son processus de transformation pour devenir une femme était en cours, et elle ne souhaitait pas qu’une fois celui-ci achevé, quelques années plus tard elle se voit à l’écran et que cela la ramène en arrière. A partir de là est née l’idée d’imaginer une fiction inspirée de son histoire, qui traite de notre perception du genre et de la lutte intérieure d’une jeune héroïne.

Comment vous y êtes-vous pris pour dénicher votre comédien principal qui incarne Lara ?
Quand on a écrit le scénario, on savait que trouver l’acteur serait compliqué. Il nous fallait quelqu’un qui sache jouer naturellement devant la caméra, qui sache également danser et qui, malgré ses 15 ans, fasse preuve de maturité. Pour le casting, nous avons vu 500 jeunes garçons et filles trans. Mais aucun d’eux n’était capable de réunir ces trois critères. Donc, nous nous sommes occupé des castings pour les rôles secondaires. Là, nous avons rencontré un grand nombre de danseurs car, si mon nom n’est pas connu dans le monde du cinéma, celui de notre chorégraphe, Sidi Larbi Cherkaoui, attire. Le jour où Victor Polster est entré dans la salle et que je l’ai vu danser, j’ai su qu’il serait la bonne personne pour incarner le premier rôle. Il avait la discipline, l’élégance, l’angélisme. Il transcendait le côté garçon/fille.

Dans votre film, sa décision de changer de sexe semble bien accepté par son entourage. Etait-ce un choix dès le départ de montrer un environnement conciliant ?
La véritable histoire racontée dans l’article et qui m’a inspirée tournait autour de la lutte d’une famille et d’une école. Nous avons choisi de ne pas nous concentrer sur cela mais de commencer le film au moment où Lara est acceptée dans un établissement, et où elle commence sa transition. Nous voulions un film sur son combat avec elle-même et non contre le monde. Cette lutte intérieure la rendait d’autant plus humaine. En fait, notre point de départ était de se demander ce que cela donne si l’on évite les conflits autour de cette question du changement de sexe et qu’on se focalise sur le ressenti de la personne concernée.

Le père de Lara est très proche d’elle, un vrai pilier…
C’était important que le père soit un vrai soutien. Souvent, dans ce genre de films, le père est dans le conflit, il est celui qui s’oppose, qui ne comprend pas. Je voulais justement quelque chose de différent, d’un homme qui accepte, qui sait que la route de Lara est complexe et qui est là pour la lui simplifier.

Vous êtes-vous beaucoup renseigné sur le sujet en amont du tournage ?
Gand, d’où je viens, est une des deux villes européennes les plus évoluées dans le traitement des personnes voulant changer de sexe. C’était donc idéal. Pour moi, il était important de bien me renseigner, de m’informer au mieux sur le sujet, de dire des choses vraies, crédibles. Je sais que beaucoup de ceux qui vont voir le film sont des personnes directement concernées par la question de la transexualité. C’est donc essentiel de leur parler de façon sincère. Comme je le montre à l’écran, pour ces gens, l’opération est une libération.

Lorsque l’on fait un long métrage sur un tel sujet, espère t-on que celui-ci permettra de faire changer le regard des gens sur les personnes trans ?
Je l’espère oui. Je ne sais pas si ça sera le cas, mais je pense que c’est aussi la force du cinéma de donner à voir des choses que l’on ne connaît pas et de participer à faire bouger les lignes.

La danse est très présente dans Girl. Vous êtes-vous inspiré d’autres films ?
Nous avons en effet regardé pas mal de films de danse dont Black Swan notamment. Néanmoins, dès le départ, il était très clair que nous ne voulions pas capter la danse en elle-même, mais l’effet de la danse sur le corps de Lara.

Avez-vous des réalisateurs fétiches ?
J’aime beaucoup les réalisateurs qui créent leurs propres univers. C’est en les regardant que je crée ensuite le mien. Gus Van Sant, les Dardenne, Xavier Dolan sont des cinéastes que j’apprécie et qui proposent des choses d’eux mêmes dans leurs films.

Comment avez-vous vécu l’accueil de Girl à Cannes ?
L’accueil à Cannes était super. On venait juste de finir le film et c’est donc la première fois que je le voyais avec du public. C’était une expérience très particulière car tu espères évidemment que les spectateurs vont aimer. Ca a été un moment magique.

Avez-vous d’ores et déjà un nouveau projet en tête ?
J’ai une idée mais je n’ai pas le temps d’écrire pour l’instant. Nous sommes tout le temps sur la route pour présenter Girl. Mais je sais que je veux prendre le temps d’écrire un nouveau scénario proche de mon cœur.

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

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Sortie : 10/10/2018

Lara, 15 ans, rêve de devenir danseuse étoile. Avec le soutien de son père, elle se lance à corps perdu dans cette quête d’absolu. Mais ce corps ne se plie pas si facilement à la discipline…