Candyman

Genre : Horreur
Sortie le : 19/02/2019 (01H39)
Réalisateur : Bernard Rose
Acteurs : Virginia Madsen, Tony Todd, Xander Berkeley

Helen Lyle est une étudiante diplômée de l’université de Chicago qui écrit une thèse sur les légendes urbaines. À l’occasion d’entrevues menées dans le cadre de ses recherches, elle entend parler d’une légende locale appelée Candyman – un mystérieux tueur armé d’un crochet qui apparaîtrait lorsque l’on prononce cinq fois son nom devant un miroir. Convaincue de tenir une piste intéressante pour sa thèse, Helen se rend, avec son amie Bernadette, à Cabrini Green, une cité qui serait le « territoire » de Candyman.

Bande Annonce : https://www.youtube.com/watch?v=KhLscitOqaI



Critique

Par Jean-Marc Vigouroux - posté le 20/03/2019

Mythe et réalité

Si tout a déjà été écrit ou presque sur le chef-d’œuvre de Bernard Rose, on ne boudera pas son plaisir de re-re-redécouvrir, dix-sept ans plus tard, Candyman en haute définition. Film de chevet de toute une génération, quoique la reconnaissance ne fût pas immédiate, l’étrange et durable fascination pour le film tient très certainement au miracle de la complémentarité subite du duo Rose-Barker.

En effet, si la nouvelle Lieux interdits de Clive Barker, issue des Livres de Sang, se situait dans un no man’s land social de Liverpool et développait un boogeyman polymorphe, Bernard Rose, qui avait fait forte impression avec le poétique Paperhouse (1989), va vouloir densifier le récit un rien sado-maso et créer de toute pièce la mythologie du Candyman : les cinq incantations devant le miroir, la couleur de peau de Candyman et l’odieux crime raciste originel, sa motivation (l’amour perdu et non la vengeance) et, bien entendu, la délocalisation de son arène vers le quartier abandonné à la pauvreté et la violence extrêmes de Cabrini Green à Chicago. La légende « urbaine » est donc posée comme exorcisme de la sordide réalité, Rose s’inspirant par ailleurs d’affaires réelles de meurtres perpétrés via les cloisons de carton-pâte de ce type de HLM à bas coût.

Si le film débute sur une parodie très assumée des slashers des années 70-80, avec babysitter en soutien-gorge et boyfriend en perfecto, Candyman n’en est pas un à proprement parler (il n’apparaît qu’à ceux qui doutent de lui ou de son martyre) et s’inscrit par ailleurs dans la décennie du « méta-slasher » (Scream) et du remake patrimonial (la trilogie Dracula, Frankenstein, Wolf produite par Coppola). Loin des orgies formelles de ses clips, comme le fameux Relax de Frankie goes to Hollywood, Bernard Rose investit tour à tour et sans trancher, si j’ose dire, les dimensions sociologique, antiségrégationniste (en plein dans les émeutes post-Rodney King), féministe, psychologique, romantique (la musique de Philip Glass) et, pour autant horrifique de son récit. Bizarre, non, pour une série B (« Bee movie » littéralement ici, la séquence des abeilles étant restée à la postérité) ? De fait, la production du film elle-même n’est pas exempt de bizarreries en tout genre : remplacement de la femme de Bernard Rose, tombée enceinte, par Virginia Madsen (par ailleurs allergique aux abeilles) au dernier moment ; remplacement d’Eddie Murphy (trop petit !) par Tony Todd, au port effectivement altier ; usage de l’hypnose par Bernard Rose himself pour placer Virginia Madsen en état de transe ; repli en vrac après un coup de feu sur le tournage à travers la camionnette de production…

Au final, la trajectoire d’Helen, cette jeune femme universitaire et victime d’adultère qui peine à être prise au sérieux dans un monde d’hommes, perpétue le sort du Candyman, au même titre que le racisme, sortant du champ sociologique la légende urbaine, entendue comme construction sociale, vers une réalité brute et organique. Chez Rose, le mythe n’est plus une vision archaïque du monde d’avant la science, mais une leçon de « vie bonne ». Puissant et parfaitement d’actualité.

Jean-Marc Vigouroux