Le recueil My way raconte des histoires d’amour. Ou plus exactement une histoire d’amour sans cesse revisitée. La plus belle, celle qui se perd dans les limbes des amants passionnés, éperdus, et perdus. Celle de Roméo et Juliette, sublimée en quelques dessins assortis, pour chaque thème, de textes en prose. Ici, ce sont les amants eux-mêmes qui causent leur perte, sous le regard du bonhomme au chapeau, voyageur solitaire et inquisiteur de l’âme humaine. Car leur histoire est tellement belle qu’il en attendent plus ecnore, et finissent par la détruire à ne pas vouloir la vivre pour ce qu’elle est. Pour autant, même si le sujet n’est que cela, même si les couleurs lorgnent vers le rose, le parme ou le mauve, My Way est plus qu’une bluette, plus qu’un simple roman fleur bleue.
La jeune auteur Ji Di affiche une sincérité à l’image de la sérénité asiatique : ses histoires sont des contes inspirés de sa vie, rattachés à des préceptes quasi bouddhistes sur la recherche du bonheur. En ce sens, elle flirte doucement du côté de la morale, sans que celle-ci prenne le dessus sur la poésie qui se dégage à chaque nouvelle page. Les personnages aux orbites creuses, mais aux contours si doux, laissent transparaître une vraie beauté qui nous emporte aussitôt dans leurs méandres amoureux. La prouesse se salue d’autant que le format des histoires est court, et difficile à manier en bande dessinée. Par ce choix Ji Di affirme une belle maturité, soutenue par une mise en couleurs, rare pour les manhuas (mangas chinois), et absolument superbe, qui laisse apparaître une émotion littéralement palpable. Les tons définissent les états d’âmes successifs : de la tristesse du bleu à la nostalgie du mauve en passant par le bonheur pour le jaune.
L’apparente gentillesse des propos ne doit pas laisser entrevoir une œuvre de jeunesse, tant rien n’y est laissé au hasard. Les mots sont choisis un par un, cueillis sur l’arbre de la poésie de la vie, et les décors sont humanisés (les maisons se tordent pour se pencher vers leurs comparses humains). Le fil conducteur est un narrateur omniprésent, qui incarne à la fois l’ange gardien, l’âme esseulée par essence, le confident ultime, ou encore le régulateur des sentiments.
Il suffit alors d’ouvrir une page pour se laisser happer, pour un bout du chemin, en compagnie de ces emblèmes d’un amour que l’auteur souhaite universel.