Marie-Lune n’a qu’un seul but dans la vie, une idée fixe qui mobilise toutes ses fonctions - vitales et cérébrales - et occupe toutes ses journées : le shopping (et accessoirement un peu de drague envers Pierre-Charles, mais c’est bien parce qu’il tient un magasin de fringues comme elle les aime). Riche comme si l’argent fructifiait dans ses poches au fur et à mesure de ses achats, cette victime de la mode n’entretient qu’un mystère : la raison de la fortune de son père, un motif inavouable selon elle, surtout devant une journaliste préparant un reportage sur le shopping.
Marie-Lune est donc dotée d’un caractère à une facette : dépensière maladive (mais c’est promis, elle va se soigner), elle ne comprend pas ceux pour qui l’image de marque n’est pas une raison d’être. Et en premier lieu sa sœur jumelle, Ka, qui ne lui ressemble en rien. C’est bien simple, pour que Ka soit si ratée, c’est forcément qu’il y a eu échange à la maternité. Provocatrice sans une once de méchanceté, Marie-Lune n’a de cesse de rallier sa sœur à sa cause, puisqu’il est bien évident qu’un monde sans achats compulsifs ne peut être viable.
Sur de telles bases de départ, la série Marie-Lune ne peut être qu’un pur divertissement, une gentille moquerie des adultes en devenir, qui préfèrent une séance de manucure à une séance de cinéma, et soignent la forme au détriment du fond. Dès lors, ce premier album est à prendre comme tel, sans chercher une quelconque prise de conscience chez cette héroïne aux traits exagérés. Au contraire, Marie-Lune n’est rendue sympathique que par son inconscience chronique, qui fait naître un sourire en coin.