Adolescente « bien sous tous rapports » (sociable, suffisamment réservée pour intriguer et presque épanouie), Clémentine est en fait perdue. En classe de Seconde, elle se fait draguer par Thomas. Le petit ami quasi idéal car mignon, et surtout en Terminale. A peine séduite, la jeune fille se laisse pourtant tomber dans ses bras, car c’est ce que toute autre à sa place aurait fait. Oui, mais justement, Clémentine n’est pas comme les autres, et elle va devoir l’assumer pleinement au moment de vivre son amour pour Emma au grand jour. Mise au ban par ses propres amies et ses parents à cause de ses penchants « contre-nature », Clémentine découvre que le passage d’adolescente à femme est plus délicat pour certaines. Incomprise, elle va puiser dans ses propres ressources pour réussir à s’affirmer en toute transparence.
On s’en doute au vu du synopsis, l’album de Julie Maroh est un très joli pamphlet sur la tolérance et le droit à la différence. Les états d’âme et les sentiments de l’héroïne sont décrits de l’intérieur. On avance ainsi à ses côtés, en faisant sien son raisonnement, son point de vue et sa logique pleine de franchise. Car Clémentine, quoi qu’elle fasse, est incapable de se cacher, que ce soit derrière les apparences ou derrière les autres. Le personnage en est immédiatement attachant, en perpétuelle recherche.
Mais l’auteure ne s’arrête pas là, puisqu’elle transforme son récit en Love Story passionnée et tragique, qui se nourrit d’une belle sincérité. On pressent que Julie Maroh porte son sujet de manière très intime, et le fait partager d’une manière innocente. Les dessins, élégants et plein de finesse, font la part belle à l’expression. Tout est ici empli d’une profonde énergie de vie, même le drame.
Un récit hors des sentiers battus.