Synopsis
Dans un univers alternatif proche du nôtre, qui pourrait faire penser à la Russie pré-bolchévique, un marin, Wirde Owen, débarque dans une grande ville portuaire, de retour d’un long voyage. Dès son arrivée, il a maille à partir avec un appareil policier très répressif, émanation du régime autoritaire et aliénant qui a mis cette contrée en coupe réglée, et simultanément rencontre la troublante Lillie, une danseuse de cabaret dont il tombe éperdument amoureux.
Très vite, le nouveau venu va entrer en dissidence, puis passer à la résistance armée. Mais quelles sont au juste ses motivations réelles? Est-ce simplement par amour de Lillie? Ou plutôt par fidélité à ses idéaux d’avant, lorsqu’il s’appelait Kirk Walker et qu’il incarnait l’avant-garde de la révolution ?
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Critique le 26/05/2010 par Nathalie Rézeau
Les amants de Vérone
Lorsque Wirde Owen pose son sac de marin dans une petite ville, pour ne plus le reprendre, il n’a pas encore pris conscience que les choses ont évolué, et pas forcément en bien, pendant son absence. La parti a pris les rênes du pouvoir, afin d’œuvrer pour le « bien-être » de chaque individu. Grâce à un altruisme forcené et légiféré, Wirde se voit doté d’une chambrée commise d’office, puisqu’il est interdit dorénavant dans cet univers uchronique de laisser quiconque sur le pavé, sans domicile. C’est donc, en quelque sorte, grâce au parti que le marin solitaire rencontre Lillie, son hôte, qui va devenir l’amour de sa vie. Mais dans ce monde totalitariste, les sentiments ont bien du mal à se frayer une place au premier plan. Rapidement, les tourtereaux s’engagent, pour le meilleur et surtout pour le pire, dans la lutte armée contre les dirigeants qui ne réfléchissent même plus au bien fondé de leurs décisions. D’idylle presque romantique, l’album bascule en pamphlet politique, façon Roméo et Juliette dans une société modernisée et réinventée.
Antoine Ozanam déploie une nouvelle fois son talent de conteur avec des héros qui surnagent à peine dans le flot de leurs convictions, ne trouvant que le sacrifice individuel comme échappatoire à leurs idées, théoriques et rhétoriques. Une fresque passionnée, parfaitement relayée par Tentacle Eye, qui ne signe pourtant ici que son deuxième album (après Le chant des sabres, chez le même éditeur). L’union impossible des amants éternels se répète, avec une trame de fond originale qui entretient suspense et rebondissements. Un plaisir.
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