Synopsis
Brésil. Nordeste. Une immense station-service au milieu d'une terre brulée, traversée par une route sans fin. Cocada et Nego ont 13 et 14 ans. Cocada a une rêve, devenir chauffeur routier. Il dort dans une cabine de camion et, la journée, il rend service et fait des petits boulots. Son père est mort assassiné alors il s'est trouvé un père de substitution, Mineiro. Un routier qui prend le temps de lui parler et de le soutenir quand la tentation de l'argent mal acquis se fait trop forte. Nego, lui, vit dans une favela, entouré d'une innombrable fratrie. Après le travail des champs, sa mère voudrait qu'il aille à l'école pour qu'il ait une éducation mais Nego veut se sortir de là, gagner de l'argent. Le soir, il rôde à la station, fasciné par les vitrines allumées, les commerces qui vendent de tout, la nourriture abondante. Avec son copain Cocada, ils regardent le mouvement incessant des camions et des voyageurs. Tout leur parle une langue dont ils en savent rien. Avec cette singulière maturité qu'on acquiert trop tôt dans l'adversité, ils s'interrogent sur leur identité et leur avenir. Leur seule perspective : une route vers Sao Paulo, vers un ailleurs.
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Critique le 04/02/2009 par Guillaume Mainguet
Universal Soldiers
Le titre résume à lui seul la trame dramatique et la force immédiate du documentaire de Jean-Pierre Duret et d’Andréa Santana. Comme une fatalité ou une punition, Nego et Cocada, treize et quatorze ans, traînent leur vie comme une injustice, jouent les enfants comme certains adultes ne veulent pas grandir. Ils parlent, ironisent, rient et pleurent de leurs sorts. Autour de cette station-service Petrobras (« hasard » ironique puisque la société pétrolière est un immense financeur privé de la création cinématographique au Brésil), ils doivent trouver la nuit de quoi nourrir les neuf frères et sœurs de l’un, et apaiser la vie d'orphelin de l'autre. La mission est inhumaine, autant que leurs grands rêves de jeunes sages : travailler. Aspiration salutaire et accablante.
Les premières images du film imposent une violence presque insoutenable. Ces enfants, faibles David devant l’écrasant Goliath, faussement insouciants, sur le fil d’un rasoir-trottoir tendu entre un chemin de terre et une autoroute, avancent avec un sourire triste vers leurs responsabilités d’adultes, frôlés par d’énormes camions pied-au-plancher. Leur quotidien c’est subir et accepter la survie. Jour après jour. Le manque d’argent, le manque d’amour, le manque de repères, le manque de père, le manque d’eau.
Jamais les images des deux réalisateurs ne sont obscènes, jamais elles ne cherchent ce que les deux enfants/héros ne veulent donner. Le film offre la sensation du cinéma-vérité, bouleversante et irréfutable, et souligne un travail d’exploration et d’observation remarquable. Leur caméra accompagne les mouvements, les tragédies familiales, accusent de leur témoignage. Devant l’ampleur de leur sujet, les deux cinéastes préfèrent le langage du plan serré que de la voix off, la valeur du temps que le montage démonstratif. Et imposent notre silence et notre humilité.
Duret et Santana racontent la profonde blessure de ces jeunes ados en quête d’une place dans ce monde adulte et fou, sur cette terre aride, autour de cette station-service, dans la cabine d’un 38 tonnes ou une cabane en parpaing. Ils décrivent le rêve de chacun, celui d’exister. Et rapprochent doucement et avec leur expérience de cinéaste l’existence individuelle et la conscience universelle.
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