On dit que le genre est le mal-aimé du cinéma français. Soit. Chasse privilégiée d’une niche de producteurs, distributeurs, jeunes journalistes et cinéastes hexagonaux, parfois (très) peu analytiques sur leur travail, le cinéma de genre subit, et pas seulement qu’en Sarkosie, une crise de créativité de grande ampleur : la pauvreté thématique est certaine (n’y a-t-il plus de combats d’idées à mener ?), doublée à l’écran d’une désertion fainéante de la métaphore au profit du premier degré – aussi jouissif soit-il – et probablement d’une incapacité des distributeurs (donc, à terme, du public) à discerner le bon du mauvais. Le gras, de l’idée. Dans les salles, du coup, les aberrations sont nombreuses, entre (omni)présents lamentables et grands absents magnifiques. En ce sens, Mutants, le premier long-métrage de David Morley, est quant à lui pile à la frontière…
Car avec sa distribution rachitique (une vingtaine de copies en France), il faut en vouloir pour dénicher une séance de Mutants et surtout ne pas hésiter à faire quelques kilomètres (un A/R Nantes-Paris en TGV par exemple). On le sait, le genre en salle est souvent exploité de manière technique, comme un prétexte médiatique et une obligation légale pour assurer une exploitation plus rémunératrice en vidéo. Mais quand même : les antécédents Fragile, Les Ruines ou La dernière maison sur la gauche, pas ou mal distribués sur grand écran, commencent à faire tâche. Ici, pas d’ambiguïté pour autant : compte tenu de ses contraintes de fabrication (six petites semaines de tournage), le film est une belle réussite. David Morley tire le meilleur parti possible du huis clos (le début, hors "asile", est en ce sens beaucoup plus faible que le reste du film), et récite ses gammes avec sérieux et obstination : The Thing de Carpenter, La Mouche de Cronenberg et les récents transfuges du zombie à l'infecté, 28 semaines plus tard en tête.
Mais le véritable pouvoir hypnotique de Mutants réside assurément dans sa profondeur thématique : le film est avant tout une histoire d'amour, contrariée par la plus forte des castrations, portée à fleur de peau par le duo De Fougerolles-Renaud. Un déchirement total, dont les intrigues annexes ne sont pas si inutiles que prévu : respirations asthmatiques dans cette apnée horrifique...