Pantagruélisme cannois oblige, il semble que bon nombre de critiques repus aient un peu vite descendu Johnnie To, 54 ans, docteur ès polar à Hong Kong. Plus prolifique que John Woo, Tsui Hark ou Ringo Lam, plus fidèle, aussi, à la mère patrie (il a toujours refusé de monter dans l’avion pour Hollywood), To signe avec Vengeance, son quarante-cinquième film et le quatrième en quinze mois, une œuvre synthétique, unique et magistrale.
Synthétique parce cette énième relecture du repenti quasi-mutique (Johnny Hallyday), reprenant les armes pour laver par le sang le meurtre de la famille de sa fille (Sylvie Testud), regorge des mêmes trouvailles visuelles (incroyable séquence du boomerang) que ses précédents fleurons, The Mission, Fulltime Killer ou The Heroic Trio. Unique parce que, pour la première fois, il « ingère » par expérimentation des comédiens français, lui le passionné de Jean-Pierre Melville, dont l’imper et le feutre de Hallyday annonce sa version du Cercle rouge prévue pour 2010. Magistrale, enfin, parce que To est ici en pleine récréation, après Election et Exilé (qui se passait aussi à Macao), et triture son « Johnny got his gun » entre humour farouche (la scène des stickers) et sadisme burlesque (la vengeance n’est jamais froide quand on perd la mémoire). Attention, breaking news, la nouvelle vient de tomber : qu’il est grand le plaisir de ne pas se prendre au sérieux !