C’est à un jeu de pistes naturaliste dans un Londres assez sordide, terrifié par un étrangleur en série (qui sévit à la cravate), auquel Alfred Hitchcock nous convie dans Frenzy, son avant-dernier film, sorti en 1972. Alors qu’il cherche à échapper par tous les moyens à l’emprise d’Universal, Hitchcock tourne avec des comédiens britanniques peu en vue à Covent Garden, sorte de Rungis londonien jonché de résidus écrasés et d’épluchures de toutes sortes.
Résultat, un thriller atypique qui impose un réalisme choquant au regard des métaphores d’usage chez le maître, « racoleur » écrit même Tavernier dans 50 ans de cinéma américain : au menu, physiques assez laids et corps crûment dénudés, dont le fameux viol-étranglement de Barbara Leigh-Hunt, en effet très voyeuriste.
Pour autant, Hitchcock joue la carte des vases communicants en insufflant, à égale mesure, coups d’éclats de mise en scène (la descente d’escalier en travelling arrière, l’ablation du son ou de l’image pour impliquer du spectateur) et ironie dévastatrice : la résolution de l’intrigue, dialoguée entre l’inspecteur et son épouse piètre « cordon bleu » (fil rouge du film), est à elle seule un morceau de très grand choix.
Car chez Hitchcock, la viande froide nourrit tous les instincts, qu’ils soient culinaires ou non.