Après sept ans de mutisme, la belle Kathryn Bigelow revient aux manettes d’une expérience de cinéma âpre et viscérale, qui relève plus du Redacted de De Palma que de G.I. Joe.
Fascinée depuis toujours par la mécanique alambiquée de la testostérone (Near Dark, Point Break), Bigelow adapte pour un budget équivalent à celui des Ch’tis le récit du journaliste Mark Boal, qui a suivi une unité de démineurs volontaires en Irak. Un constat : la guerre est une drogue. Une démonstration : caméra au poing, grain soutenu et mobilité totale (proche de la fascinante omniscience de Strange Days), Bigelow colle aux basques d’une tête brûlée légendaire (800 déminages à son actif), façon docu sur les ravages de la dope : la soif, le speed, le bad trip, les incidences familiales et psychologiques…
Focalisée sur une armée à bout de nerfs, irascible et cible en Irak, Bigelow signe une œuvre de guérilla, indépendante et obsédante, dont le point d’orgue est un sublime retour au bercail, figure imposée du film de guerre. Casting panaché (inconnus et stars fugaces) et maltraité (ne sachant jamais d’où il était filmé), Démineurs est la bonne nouvelle de la rentrée : l’à-propos de la série Over There se libère enfin des contraintes du cinéma business.