A sa manière caractéristique de dépourvoir ses personnages de psychologie et d'élans sentimentaux, Claire Denis poursuit son travail de cinéaste du mouvement et des corps. Son regard avec White Material cherche à révéler le corps (blanc) d'une femme en terre africaine. Dans son film, la confrontation noir/blanc n'a rien de raciale, même si elle reste éminemment politique, elle est au premier degré un prisme par lequel Claire Denis parvient à traiter des corps et à utiliser comme langage cinématographique les codes des couleurs et des mouvements corporels. Ce traitement assez hypnotique des personnages se poursuit dans la mise en scène par un jeu de lumières et d'ambiances remarquable. Glissant du cauchemar à la lumière ouatée, de la nuit noire à l'intensité brûlante des paysages, cette terre de tous les possibles offre à Claire Denis une liberté absolue pour imposer, entre fiction et documentaire, les impressions les plus extrêmes quant aux genres qu'elles suggèrent.
Dans une Afrique non identifiée, Isabelle Huppert incarne une résistante terrienne qui défend sa plantation de café malgré la menace d'une guerre civile. Au détriment d'un danger qu'elle va faire encourir à ses proches, un Christophe Lambert et un Nicolas Duvauchelle convaincants, elle va entreprendre à peine perdue une lutte brutale, sourde et vaine.
Le film est envahi par les marques du désir, politique ou charnel, du changement ou du combat, et en tout cas noyé dans une atmosphère apocalyptique qui éclaire une Afrique post-colonisée qui n'a pas fini de crier son malaise face à la présence blanche. C'est peut-être l'hypothèse narrative que cherche à atteindre la rencontre de l'écriture de Marie N'Diaye et le cinéma de Claire Denis : le portrait brûlant d'une femme hallucinée, presque froide.