Genre : Drame
Sortie le 10/04/2012 (1h17)
Réalisateur :
Jean-Baptiste Leonetti
Acteurs :
Sami Bouajila, Julie Gayet, Jean-Pierre Andreani
Synopsis
Dans un monde déshumanisé, Philippe et Marie, deux orphelins, grandissent ensemble.
20 ans plus tard, ils sont mariés. Philippe est un cadre froid et implacable. Marie assiste impuissante à ce qu'ils sont devenus l'un pour l'autre : des étrangers...
Voilà des projections dont le BIFFF a le secret : en retard de 40 minutes pour cause d’embouteillages dans Bruxelles suite à une grève générale des transports publics, Julie Gayet se prête volontiers aux exigences singulières du public chauffé à blanc ! Le fameux « une chanson » ? Ça viendra… Le fumeux « à poil » ? Tiens, tiens : tout en conservant un flegme imperturbable et martial, la belle Julie répond sur scène aux questions de Stéphane Everaert non sans s’effeuiller progressivement. Entre l’envol du badge et du blouson, on apprend qu’elle avait beaucoup aimé Le Pays des Ours, le moyen métrage de Jean-Baptiste Léonetti, sacré à Clermont-Ferrand, qui abordait déjà le monde du travail dans un univers futuriste. Entre le pull et le chemisier, l’actrice caméléon narre le tournage sombre au Luxembourg autour d’un sujet qui la touche beaucoup : la brutalité de façade d’élever des enfants de manière uniforme. Alors que seul le soutien-gorge noir demeure - carré blanc ! - on entend vaguement que la testostérone a inondé le tournage, que le pif de Samy Bouajila a cassé, ce qui a retardé les prises de vue de trois semaines, etc.
Et le film dans tout ça ? Il est sec comme un coup de trique, sans concession ni gras autour. En ce sens, le pari est gagné haut la main : à la manière d’un THX 1138, Léonetti exfiltre du béton, des néons, des parkings aux musiques d’ascenseur, des sourires forcés et de la moquette des bureaux la frayeur sourde du spectateur ; forcé qu’il est, le nez dans la gamelle, à renifler l’odeur de la déchéance du consumérisme crasse, de l’individualisme poussé à la négation de l’autre et de sa propre empathie, de l’uniformité sociale telle qu’elle point déjà dans le sexisme et le dérèglement ambiant de nos horloges biologiques. Du coup, les trajectoires muettes, puis aveugles, de Julie Gayet et Sami Bouajila, somnambules dans un monde de chair morte, émeuvent jusqu’au lâcher-prise qui affleure au final dans la reconnaissance (enfin) mutuelle. On ne pouvait attendre tellement mieux…
Si le scénario laisse volontiers place à la contemplation du vide - c’est ce qu’on peut lui reprocher - , on pense à Soleil vert (les humains qu’on recycle) et à l’épure de certains Carpenter, à l’absurdité (les tests de motivation mortifères) d’un Brazil, le sourire en moins. Sorti en catimini dans les salles françaises, Carré blanc avait probablement plutôt sa place dans les festivals, où le pari de la découverte cinématographique est (encore) de mise.
Quant à « la chanson », « qui n’est d’ordinaire que le début de la relation » ironise un Stéphane Everaert émoustillé, Julie Gayet, VRP de luxe du film, s’en est aussi acquittée avec brio. Une séance qui fait le plein, quoi…