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L ARBRE ET LA FORET > RENCONTRE AVEC LE RÉALISATEUR OLIVIER DUCASTEL ET LA COMÉDIENNE FRANCOISE FABIAN
L ARBRE ET LA FORET > RENCONTRE AVEC LE REALISATEUR OLIVIER DUCASTEL ET LA COMEDIENNE FRANCOISE FABIAN

Lieu : Le Katorza Nantes
Date : le 09/02/2010 à 18:30

Interventions :
 Guillaume Mainguet (Critique de Cinéma)








GM (Guillaume Mainguet) : On vous sait attaché à Nantes pour votre amour de Jacques Demy, est-ce que c’est vous qui avez choisi de commencer la promotion du film ici ?
OD (Olivier Ducastel) : Il faut comment bien commencer par une ville, et si possible, une qui nous accueille toujours avec plaisir et dans laquelle on aime bien venir. Je crois que l’on a présenté tous nos films ici. Et puis effectivement il y a l’attachement à Jacques Demy qui intervient aussi… Ceci dit je suis accompagné par Françoise Fabian qui a eu le privilège de tourner avec Jacques Demy.

FF (Françoise Fabian) : Oui, Jacques Demy est très important pour moi. Il m’avait déjà proposé de jouer la fée dans Peau d’âne, que je n’avais pu accepter à l’époque parce que je jouais au théâtre, c’était un cadeau qu’il m’a fait à la fin de sa vie, nous nous entendions très bien… Et puis j’aime Nantes aussi parce que je suis venue souvent y jouer au théâtre… C’est une ville qui m’ait familière.

GM : L’arbre et la forêt, n’est-ce pas une parabole de votre film en forme de « l’arbre qui cache la forêt » ?
OD : Quand on a choisi le titre de ce film, on voulait référer au secret de famille dans le film, sans le dévoiler, je peux dire qu’il est lié à cet arbre qui est planté dans la propriété familale, et en même temps le personnage principal est sylviculteur. Donc en même temps, il y a l’arbre de Frédérick, et de l’autre il y a les arbres, amis du quotidien, pour les générations futures.

GM : A l’écran, ce Frédérick, c’est Guy Marchand, avec qui vous formez un duo étonnant, cela a-t-il été pour vous l’occasion d’une rencontre forte ?
FF : Oui, oui, c’est assez imprévisible… Je n’avais jamais pensé pouvoir tourner avec Guy. Je trouve que c’est une idée formidable d’avoir pris Guy pour ce personnage. Je ne m’y attendais pas du tout au début quand j’ai lu le scénario. Au début même ce choix m’a paru étrange. Et puis finalement, c’est formidable. Il m’a même laissé perplexe.

GM : Comment avez-vous envisagé de travailler avec Guy Marchand ?
OD : On l’a vu tourner dans Dans Paris de Christophe Honoré, son personnage dans ce film n’a pas grand chose à voir avec Frédérick, mais il a attiré notre attention. Guy est un acteur rare, chaque intervention est curieuse. Ce qu’on voulait pour ce personnage, c’était un personnage un peu âgé puisque le personnage a vécu la Seconde Guerre Mondiale, mais on voulait quand même quelqu’un qui soit dynamique, qui n’ait pas l’air d’un vieux complètement, et Guy a encore ce côté sportif, tonique, et puis on avait le désir de permettre au spectateur de pouvoir imaginer le personnage jeune. Et puisqu’on connaît Guy jeune, c’était alors possible. Il fallait aussi qu’on puisse imaginer ce personnage assez séducteur, ça aussi Guy le permet. J’en dirai pas plus. Si, dernier élément qui rentre dans notre choix d’acteur, c’est évidemment les films que l’on a vus avec cet acteur, mais c’est aussi la rencontre avec lui. Lui était un peu timide, mais une timidité pas inhibante, on a senti qu’il accepterait de nous faire confiance. Il a été surpris un peu de cette proposition qu’on lui faisait, mais bon, il s’est dit « ils ont l’air sûrs de leur coup ».

FF : Et alors pourquoi moi ? J’ai jamais compris…

OD : J’avais envie tourner avec toi depuis très longtemps déjà. Avant de rencontrer Jacques Martineau, j’avais écrit un scénario que je n’ai pas encore tourné, une histoire de famille, avec plein de personnages, des histoires d’amours croisés, dont le personnage était la mère…

FF : Première nouvelle !!

OD : Non, je te l’ai rencontré, un soir… Ah, on avait bu, c’est pour ça peut-être que tu ne t’en souviens plus… !

FF : Oui, très sûrement…

OD : Mais je ne te l’ai jamais fait lire parce que je n’ai jamais réussi à le financer. Le personnage s’appelait Mathilde. Là, c’était l’occasion d’assouvir un fantasme. C’était très important pour nous aussi que la première image que l’on ait de ce couple soit une image évidente… Dont on se dit que leur histoire est sans problème. Qu’ils s’aiment en fait.

GM : Quel écho a résonné en vous à la lecture du scénario ?
FF : J’étais très intéressée par le scénario parce qu’il dénonce des choses, qui sont rarement dites et ça m’a beaucoup touché. Ce qui m’a touché aussi c’est que cette femme était intelligente pour accepter la situation décrite, qu’elle est allée jusqu’au bout de son amour pour son mari. Et ça c’est magnifique… C’est pas une femme intelligente, ce n’est pas gratifiant à jouer, c’est un personnage qui n’est pas brillant, effacé, un peu douloureux aussi. Très maternel. C’est une femme bonne et très estimable. Elle a choisi sa vie, d’aimer cet homme. Elle est aussi très moderne dans la manière dont elle vit, dont elle comprend les choses, je l’aime beaucoup ce personnage.

GM : Comment avez-vous choisi de traiter du « secret familial » ?
OD : Dans notre projet, on avait le désir premier de faire ressentir les désastres en chaîne d’un secret de famille sur plusieurs générations. Il y a quelque chose de douloureux dans ces histoires, on a essayé de faire ressortir les difficultés de chacun, sur les trois générations, face à ce secret. Ensuite, ce qui nous intéressait aussi, là aussi c’est un hommage à Jacques Demy, c’est travailler des portraits de femmes sur trois générations. Le personnage de Françoise, celui de Catherine Mouchet, plus indépendant, féministe sans être militant, et celui de sa fille, qui pourrait étrangement sembler moins moderne que celui de sa mère et sa grand-mère. On a été ravis de travailler avec ces trois comédiennes.

GM : Un des ressorts dramatiques du film est le recours à la musique wagnérienne, c’est un choix auquel vous êtes particulièrement attachés ?
OD : le choix de cette musique, c’est d’abord fait à cause du nazisme. L’envie de dissocier cette musique de l’héritage nazi. On peut l’aimer et l’écouter encore aujourd’hui, j’en suis persuadé n’en déplaise à Woody Allen, à qui l’on répond ici. L’autre raison, peut-être plus cinématographique, c’est que Wagner est le plus inspirateur des compositeurs de musiques de films hollywoodiens au monde ! On n’a pas voulu faire du « à la manière de » , donc on est allé à la source directement et on a choisi ces morceaux.

FF : Ce qui fait que ce film, pour moi, se démarque un peu des autres productions françaises, c’est son rythme très particulier, large, comme la forêt. Je trouve que ce film impose vraiment son rythme, il épouse la musique de Wagner, qui est pour moi un véritable personnage dans le film. Le film a une musicalité incroyable, ça, c’est très réussi. On a le temps d’écouter la musique, ça, c’est très agréable.

GM : Quel lien symbolique vous établissez immédiatement, intellectuellement ou sensiblement, entre l’arbre et le secret ?
OD : Au départ, c’est une intuition. Ensuite, c’est le fait de lectures, de déportés, politiques, juifs, etc… On a vite remarqué que les arbres étaient très présents dans les récits de déportés. Tous ces récits ont formé petit à petit une étrange alchimie… Frédérick s’est fait la promesse qu’il planterait cet arbre s’il lui arrivait quelque chose… C’est difficile d’en parler sinon je vais vous révéler le secret… Je m’arrête là…

FF : Cet arbre était près de la maison. Très proche. Incroyable. Nous avons tourné pendant huit semaines, et toutes les feuilles tombaient autour les unes après les autres sauf celles de cet arbre. Il a attendu tout le tournage, il a accompagné le scénario, c’était étonnant et beau. À la fin du tournage, il s’est dépouillé. Il a joué parfaitement son rôle, c’est un vrai personnage.



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