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« La contrainte et l’idée » : rencontre avec Jan Kounen
« LA CONTRAINTE ET L’IDEE » : RENCONTRE AVEC JAN KOUNEN

Autour du film 99 F

Lieu : Le Gaumont Nantes
Date : le 10/09/2007 à 18:30

Interventions :
 Jean Marc Vigouroux (Critique de Cinéma)

Avec :
 Jan Kounen

















Rangé un peu vite sur l’étagère des cinéastes énervés, après des courts tonitruants (Capitaine X, Gizèle Kérosène, Vibroboy) et son premier long métrage Dobermann, Jan Kounen est aujourd’hui intarissable sur la spiritualité et l’urgence de vivre en accord avec ses convictions. Reconnu pour son travail documentaire (D’autres mondes, Darshan-l’étreinte), l’enfant terrible désormais assagi signe une adaptation de synthèse du roman de Frédéric Beigbeder : synthèse de ce qu’il fait de mieux, à la portée des grincheux comme de ses fans de la première heure…

Vous livrez avec 99 F un vrai film « en costumes », non ?

Jan Kounen : Oui, comme Barry Lyndon, quoi ! C’est même un film historique en quelque sorte, puisqu’à l’époque du livre on parlait encore en francs, dans un monde pré-11 septembre 2001. 99 F, comme beaucoup de films historiques, est du coup bourré d’anachronismes. J’avais pensé au départ changer le titre pour lui donner celui du prix de la place de cinéma en euro, mais vu la diversité des tarifs pratiqués, ce n’était pas une très bonne idée. D’autant que pour le distributeur, le film est plus facile à vendre en lien direct avec le titre du livre.

Jean Dujardin dit du livre que c’est une « dramédie », c’est aussi le cas pour le film ?

Jan Kounen : Absolument ! 99 F est un film de commande. Le projet a été porté à bout de bras par Ilan Goldman, qui a eu toutes les peines du monde à boucler le montage financier, les télévisions n'étant pas « séduites » par le scénario . Le monde de la publicité n’est ici que le décor, mais pas franchement d'une comédie familiale. Le film dénonce la société de l'hyperconsommation de manière très rentre-dedans. Même si le propos n’est pas aussi fort que dans un Fight Club, j’ai joué à 100% la carte de l’adaptation, sans concession, même s’il m’était difficile de transposer à l’écran l’ultra violence littéraire que porte le livre.

On sent que pour un film de commande, et ce paradoxalement, vous avez eu les mains libres. Pourquoi vous ?

Jan Kounen : Oh, je crois que les producteurs m’ont trouvé assez atypique, un peu comme le livre. Ils ont pensé qu’en me laissant m’exprimer, le film pourrait peut-être laisser exploser sa double personnalité manipulatrice, sur le terrain de la séduction et de la publicité. Et puis, même si la drogue n’est pas le sujet du film, elle est néanmoins omniprésente. J’ai pu garantir de mener le sujet de front, sans caricaturer : d’un côté un outil de libération cognitive, voire de médication, de l’autre des coups de scalpels dans le cerveau…

On sent comme un lien tangible entre vos films. Le générique de début de 99 F pourrait coller aux visions de fin de Blueberry

Jan Kounen : Oui, ça m’amuse un peu de faire des ponts, comme ça. Ici, un personnage de la fin du film (que nous ne divulguerons pas NDLR) est en lien direct avec un film que je viens de tourner pour les Nations Unies sur la « santé maternelle » au Pérou, sur ce paradoxe que les femmes meurent en donnant la vie. C’est un programme monté avec 7 autres réalisateurs que j’estime beaucoup, et dont je suis très fier.

Malgré la grande technicité de votre cinéma, vous êtes un cinéaste nostalgique ?

Jan Kounen : Non, je ne quitterai pas la pellicule pour le numérique, que je trouve trop froid. Du moins en fiction. La vidéo permet en revanche de tourner rapidement et avec une équipe légère, ce qui est précieux dans certaines circonstances. Et puis je crois que de la contrainte naît l’idée : j’ai appris cela d’Orson Welles, la scène des bains turcs sur le tournage d’Othello. Ici, sur 99 F, le choix de la séquence en dessin animé à Miami vient tout bonnement du fait que je n’avais aucun moyen de la tourner en vrai. Il a bien fallu trouver des solutions qui, au final, servent le propos de manière artistique.

Vous avez souffert de l’échec de Blueberry ?

Jan Kounen : Non, j’étais en Inde au moment de la sortie du film en France, où je filmais des crémations. On va dire que j’ai été vite « nettoyé » du déferlement de critiques sur le film… Je n’ai donc pas été blessé, ni d’ailleurs revanchard. Je crois que j’ai appris avec Blueberry la leçon de l’adaptation : les fans attendaient de retrouver les cases de la BD à l’écran, et on ne peut pas amener le public là où il n’a pas envie de se laisser porter.
Les gens sont tellement habitués au pré-mâchage de la télévision, qu’il va être toujours plus difficile de sortir du chemin tracé : 2001, l’Odyssée de l’espace n’aurait aucun crédit à ce jour ! Dans tous les sens du terme. Ce qui me peine un peu pour l’avenir de l’espèce…

Lire la rencontre avec Jean Dujardin

Lire la critique de 99 F

Lire la vidéo 3 minutes de Kinéma avec Jan Kounen



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