Certains se font de nouveaux amis, d’autres de nouveaux habits. Et du sur mesure en plus, puisque le designer Christian Lacroix, après avoir retaillé le costard des personnels d’Air France et rallongé l’ourlet des rames du TGV, vient de rendre sa copie cinéma, au multiplexe Gaumont Nantes, avant de s’envoler vers Montpellier pour y plancher sur le tramway. Au four et au moulin ? « J’aime juste assembler les formes et les couleurs… », répond le créateur rock, la ceinture de force façon Bernie Bonvoisin sous un cuir bien râpé.
C’est que, depuis 1996, il faut admettre que la grande dame de la place du commerce avait pris quelques rides : « je souhaitais insuffler un nouvel envol à la marguerite (l’emblème de la Gaumont), en effeuillant ses pétales, qui sont disséminés un peu partout dans le cinéma, et que ’on va retrouver sous forme de fauteuils, de luminaires ou de panneaux directionnels ». Comme envolés, soufflés par une passion pour le cinéma qui date de ses premiers émois enfantins en salle : « l’obscurité me fait beaucoup d’effet… »
L’analyse que fait Lacroix, mètre après mètre à chaque étage du cinéma, prend alors des allures de cours magistral : « le hall a été pensé comme un trait d’union entre la vie ordinaire et celle, magique, des personnages de cinéma. Les reflets argentés rappellent le support argentique de la pellicule, les affiches sont à présent dans des cadres à photo, comme on fait chez soi avec les gens qu’on aime. Les spectateurs vont peut-être avoir le sentiment de passer de l’autre côté du miroir… »
C’est en tout cas dans cette direction que Christian Lacroix a lancé Alain Balzac et François Michel, les deux décorateurs, afin de mettre en scène les espaces (nécessairement réduits car le site n’est pas extensible) et que les spectateurs « se sentent toujours chez eux, comme depuis 12 ans, et en même temps découvrent un autre cinéma ». Le résultat est flatteur, c’est le moins qu’on puisse dire. On s’y sent bien, « un peu comme chez des amis qu’on a plaisir à visiter, parce qu’on aime leur déco ou leur faculté à vous faire passer des bons moments ! »
Seule censure ? « Le budget… » Un million d’euros, quand même. Coquet, mais insuffisant pour calibrer les 12 salles dans le même élan de créativité. Il faudra donc attendre l’année prochaine pour que l’intérieur et la vitrine soient tous deux de haute couture. « Une par une… car un cinéma, ça ne ferme jamais ! » Bien dit.