People/Cinema - Par Mathieu Perrichet - posté le 23/10/2015

Rencontre avec François Damiens et Thomas Bidegain

Pour son premier long métrage en tant que réalisateur, Thomas Bidegain livre un drame ambitieux et haletant dans lequel un père de famille incarné par François Damiens recherche désespérément sa fille disparue…

Quand vous est venue l’envie de réaliser ce premier film ?
Thomas Bidegain : C’était il y a 4 ou 5 ans. J’avais alors lu des choses sur ces personnes qui partaient faire le djihad après la guerre en Yougoslavie dans les années 90. Cela m’avait interpellé. J’ai eu envie de faire un film sur ce sujet mais de me concentrer sur ceux qui restent plutôt que ceux qui partent. J’ai voulu mettre en scène des destins simples sans histoire jetés dans le fracas du monde. Ma volonté était également de raconter notre première guerre mondiale, celle contre Al-Qaeda et pas celle de nos grands parents. Le film se termine d’ailleurs au moment où Ben Laden meurt.

Le sujet est plus que jamais d’actualité…
Thomas Bidegain : Ce qui est étonnant c’est qu’il s’agit bel et bien d’un film d’époque mais l’actualité nous a rattrapé avec tous ces gens qui aujourd’hui partent en Syrie. En 2010, on n’en parlait pas donc il n’y a pas de rapport avec ce que l’on voit à présent. D’ailleurs, de nos jours les choses ne se passeraient pas comme dans le film. Le contexte est différent. On sait maintenant ce qu’est le djihad. La population est plus informée sur le sujet, on est moins dans l’inconnu.

Comment avez-vous pensé à François Damiens pour incarner le père ?
Thomas Bidegain : Le personnage d’Alain n’est pas très sympathique de prime abord. Il n’écoute pas, fonce… Je voulais un personnage fort qui refuse d’être une victime et qui soit vraiment incarné. François Damiens possède cette présence, cette carrure, cette crédibilité que je voulais tout en restant touchant. Il parvient à conserver l’empathie du spectateur derrière son côté bourru.

François Damiens, pourquoi avoir accepter ce rôle ?
François Damiens : Ce qui m’a plu c’est cette histoire de famille toute simple, banale composée d’un père, d’une mère, d’un fils et d’une fille. Le genre de modèle familial standard. Mais à qui il arrive une catastrophe liée à l’actualité du monde. Ils sont projetés dans une spirale qui les dépasse. Je me suis demandé comment moi-même je réagirai dans ces cas là, si une chose pareille m’arrivait. En fait, il y a un jour où les enfants regardent le monde à travers les yeux de leurs parents et un jour où cela change. Ce n’est pas toujours évident à gérer pour ces derniers. J’ai également été séduit par le personnage que Thomas Bidegain me proposait. Ce père de famille dur en surface, qui en impose, mais qui lorsque l’on creuse un peu est bien plus complexe. On décèle en lui d’autres choses et c’est intéressant. Et puis, je n’avais jamais porté de chapeau de cowboy avant…

Comment avez-vous pensé au jeune Finnegan Oldfield pour interpréter le fils ?
Thomas Bidegain : Finnegan Oldfield a vraiment en lui quelque chose de très fort, de mystérieux et cela donne l’étoffe d’un héros. C’est pourquoi j’ai pensé à lui. Puis il faut admettre qu’il est très beau.

Votre film tient en haleine par des rebondissements inattendus et même surprenants…
Thomas Bidegain : Ce que j’aime beaucoup au cinéma, c’est lorsque l’on ne sait pas ce qui va arriver. Lorsque certains ont lu le scénario au départ et ont découvert ce qui survient au milieu du film, on m’a dit que c’était dangereux de changer de cheval à mi-course mais j’assume ce choix et pense, au contraire, que cela donne un nouveau souffle…
François Damiens : De toute façon, c’était une aventure et on savait qu’avec ce premier film en tant que réalisateur, vu le passé scénaristique plutôt prestigieux de Thomas Bidegain, on était attendu au tournant. C’est un peu comme si l’on partait faire le Dakar en trois roues mais cela me faisait plaisir de prendre le risque. Je fais plus confiance à la personne qui a écrit le scénario qu’au scénario lui même et là j’avais confiance.

Pourquoi ce titre Les Cowboys ?
Thomas Bidegain : Je voulais un côté western d’où l’idée de cette communauté fan du far west et des fêtes country dont il existe de nombreux exemples en France. Plusieurs détails dans le film font référence à ce genre. Ainsi le père semble se prendre pour un cowboy et pense que les musulmans sont les indiens. Quant au fils Kid, il revient de son périple au Pakistan avec Shazhana, une jeune femme dont il a sauvé la vie comme s’il s’agissait d’une squaw. D’autre part, la scène où l’on voit Kid et l’Américain fumer avec les Talibans peut faire penser à une sorte de calumet de la paix…

Pourquoi avoir choisi le chanteur Raphaël pour interpréter la bande originale ?
Thomas Bidegain : Je connais Raphaël depuis quelques temps. Un jour, alors que nous faisions un voyage ensemble jusqu’à Liège, je lui ai raconté le scénario. Nous écoutions alors de la country et il m’a dit qu’il aimerait bien composer pour mon film. Peu de temps après, il m’a présenté une vingtaine de musiques dont beaucoup se retrouvent dans Les Cowboys. En fait, j’ai eu les musiques avant de tourner et c’est assez formidable d’avoir la bande son pour trouver des lieux en accord avec l’atmosphère.

Mathieu Perrichet

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