People/Cinema - Par Mathieu Perrichet - posté le 27/04/2017

Rencontre Cédric Klapisch

Une fois n’est pas coutume. Pour son nouveau film, Cédric Klapisch a posé sa caméra au milieu des vignes de Bourgogne afin de parler de vin et de famille à travers une fratrie.

Comment l’idée de ce film vous est-elle venue ?
D’abord, j’aime beaucoup le vin. Cela fait une dizaine d’années que je voulais donc faire un film sur le sujet. En 2010, je suis allé faire des photos pendant les vendanges chez le viticulteur et comédien Jean-Marc Roulot, qui incarne Marcel dans le film. Je n’avais jamais assisté à cette période particulière et j’avais très envie de découvrir. Au final, cela m’a encore plus donné envie de réaliser un long métrage sur cet univers là. Je me suis alors beaucoup documenté, j’ai interrogé des vignerons. J’ai réalisé un véritable travail de journaliste en fait car je voulais vraiment que le film soit crédible. J’ai appris beaucoup de choses et j’ai été surpris de la modernité et de l’ouverture d’esprit de ce milieu. Aussi, j’avais à cœur d’illustrer ces dimensions que possède ce monde qui n’a finalement pas tant changé que ça depuis l’antiquité en terme de savoir-faire, de technicité. Mais si l’imagerie est très ancienne, ce milieu possède également un côté très actuel. Cette famille dont je parle dans le film en est l’illustration. Elle n’est pas du tout vieille France.

Au-delà du vin, il s’agit également d’une histoire de famille donc. Pourquoi ce choix ?
C’est mon père, qui ne buvait quasiment que du Bourgogne, qui m’a fait découvrir le vin et qui m’a transmis cette passion. Il m’a appris beaucoup de choses. Avec mes soeurs, jusqu’à il y a peu, il nous emmenait régulièrement dans des caves bourguignonnes afin de procéder à des dégustations. Intuitivement, en voulant réaliser un film sur le vin, j’ai su que c’était parce que je voulais parler de la famille : ce que l’on hérite de ses parents et ce que l’on transmet à ses enfants.

Votre film parle du terroir, d’un savoir-faire… A t-il une portée politique ?
Honnêtement je savais qu’il sortirait un peu après les élections présidentielles et le vin est quelque chose de fort dans l’identité française donc ce n’est pas anodin d’en parler. En fait, un des points de départ du film était de montrer que les valeurs de la famille et de la terre ne sont pas des pré-carrés du Front National et de Pétain mais bien universelles. Après je ne dirais pas qu’il s’agit d’un film politique mais j’y aborde des sujets de société comme le foncier, le bio, l’héritage… Je pense que le vin est plus fédérateur que la politique.

La dimension internationale transparaît encore dans ce film. En quoi est-ce important pour vous ?
Nous vivons dans un monde dans lequel les gens voyagent, s’en vont, reviennent. Nous sommes riches de cette diversité de cultures, de langues… Et je me suis rendu compte que la région de Beaune est un véritable carrefour mondial. On y croise des Chinois, des Américains, des Britanniques… L’épouse australienne de Jean, c’est pour montrer que la France n’est pas repliée sur elle même. Elle est composée de plein de nationalités, elle est ouverte sur le monde… L’aspect « monde » me plait et c’est pourquoi je montre cela dans mes films. Pour moi, le voyage n’est pas antinomique de l’identité française. Le voyage aide à savoir qui l’on est.

Comment avez-vous composé votre casting principal ?
Avec ce film, j’avais envie de changer, de tourner avec de nouveaux comédiens. En fait, tout est parti de Pio Marmai avec qui j’avais très envie de travailler. Puis, pour incarner son frère, j’ai rapidement pensé à François Civil que j’avais rencontré à l’occasion du tournage de la première saison de la série Dix pour cent. Il me semblait parfaitement convenir. Enfin, il a fallu trouver celle qui interpréterait la sœur. Du coup, j’ai rencontré une quinzaine d’actrices et Ana Girardot est largement sortie du lot. J’étais très content car j’avais déjà pensé à elle pour jouer dans Ma part du gâteau.

Après avoir filmé plusieurs grandes villes de la planète, vous avez posé pour la première fois votre caméra en pleine campagne…
Là encore, j’avais besoin de changement et j’ai ressenti un vrai besoin de nature. Sans doute cela a t-il un lien avec le fait que le rapport des gens des villes à l’agriculture et à la nourriture est en train de changer. La frontière entre le monde urbain et la campagne s’atténue.

Qu’est ce que cela a changé dans votre travail ?
Il y a quelque chose de très plaisant à filmer la campagne, à se promener dans la nature. C’était une sorte de découverte pour moi. Ce calme en lieu et place de la frénésie des villes, cela change la manière de travailler. Pour filmer ces grands espaces, je me suis inspiré du western mais aussi de Michelangelo Antonioni. Quant à l’aspect très cadré, composé des images, j’ai plutôt pioché du côté du cinéma asiatique. Tout en conservant un aspect très français sur le côté naturaliste et proche des comédiens.

Pourquoi avez-vous choisi le vignoble de Bourgogne ?
La Bourgogne correspondait bien à l’intrigue que je voulais conférer au film car dans cette région, les exploitations sont plus familiales qu’ailleurs. Par ailleurs, dans le bordelais par exemple, les surfaces sont beaucoup plus importantes, les domaines souvent industrialisés et gérés par de grands groupes financiers. Cela n’allait donc pas dans le sens de la problématique du film. Après, j’aurais très bien pu choisir de tourner le film dans un autre vignoble mais dans ce cas l’histoire n’aurait pas été la même.

Comment le film a t-il été accueilli par les gens de la région ?
Les gens du cru étaient très heureux lorsqu’ils ont découvert le film, à l’occasion de la présentation, car c’est la première fois que l’on porte à l’écran, dans une fiction, la vie des vignerons et que l’on montre la Bourgogne de la sorte.

Quels sont vos vins de Bourgogne préférés ?
J’aime beaucoup le Meursault. Je trouve que la qualité du vin blanc en Bourgogne est incroyable. J’aime bien également le Volnay qui est un vin rouge très fin, subtil et élégant. Le vin, c’est infini. Plus on connaît, plus on a l’impression de ne pas connaître et plus on veut en découvrir encore plus. Pour moi, connaître le vin, c’est également connaître la France, ses différences, ses terroirs, ses villages, ses habitants…

Pouvez-vous nous expliquer la raison du titre Ce qui nous lie ?
Au départ, le film devait s’appeler Le Vin tout simplement. Puis, nous avons pensé à 30 printemps et à Le Vin et le vent. A la fin du tournage, j’ai pensé à l’intitulé Ce qui nous nous pour faire une référence amusante au court métrage Ce qui me meut, que j’avais réalisé en 1989. Mais StudioCanal n’a pas trop aimé la dimension comique de l’idée. Alors que nous avions également évoqué Ce qui nous lie, je me suis dit qu’ils avaient raison. Ce titre est plus intéressant car il a un double sens. D’une part, il y a le jeu de mot avec la lie du vin, d’autre part la référence au liens familiaux.

Propos recueillis par Mathieu Perrichet

 

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Sortie : 14/06/2017

Jean a quitté sa famille et sa Bourgogne natale il y a dix ans pour faire le tour du monde. En apprenant la mort imminente de son père, il revient dans la terre de son enfance.